Born into this...

Runaway to Japan

Going home

Check-In CDG

Au steward qui me demandait: «Vous êtes sûr ?», surpris de voir le Japon comme destination finale de ma correspondance, j’ai esquissé un sourire avant de répondre par l’affirmative.

Ce 19 mars, il ne semblait pas vraiment bon se retrouver sur un vol long courrier à destination de cette terre qui tremble.

Et qui s’est mise à cracher de la radioactivité.

« La putain de sa mère. »

A vrai dire, la difficulté à obtenir un billet dans les jours précédents m’avait fait comprendre toute l’ampleur de la situation. Air France se bornait à répéter les conseils du quai d’Orsay, m’empressant de repousser, ou annuler, et finalement, le ton cassant et volontairement désagréable de l’hôtesse auront eu raison de mon envie de voyager « français ». Chez ANA, loin de l’émotion, on me précisait dans des bureaux suintant l’urgence la préférence à privilégier les nationaux au dépens des voyageurs de ma trempe, mais ma persévérance à insister et invoquer les sentiments filiaux vis à vis de ma belle mère auront eu raison du tacite.

Pour autant, j’ai finalement annulé au dernier moment. Au grand soulagement du staff parisien, qui lâchera un petit « Ahhh yokata » d’inquiétude légère pour mon cas d’impénitent.

Et on comprend.

Car au 17 mars, la perspective de voir Fukushima provoquer un merdier sans nom à Tokyo, aurait troublé même les plus courageux. Seulement vous pensiez que je renoncerai comme ça ?

Pas à court de ressources, les incidents m’auront finalement fait opter pour une correspondance à Hong Kong, et un atterrissage « tranquille » à Fukuoka.

Pas fou le Clarence.

Oh merde, et maintenant Sarko, on avait bien besoin de ça…

Transfer HKG

Dans l’avion pour Fukuoka, offrant un placement aux trois quart vide, on ne trouvait guère que quelques business men nippon dévorant le Yomiuri, et des vieux de retour d’une expédition sur l’île de Lantau, l’esprit encore aux souvenirs. Malgré la fatigue, caché derrière mon exemplaire du Financial Times, certains ne manquèrent pas de me regarder telle une curiosité, la faute aux récents évènements. Et l’un de mes voisins de se lancer à me demander dans un anglais hésitant ce que j’en pensais et pourquoi je faisais le déplacement dans une période aussi particulière.

Une équipée compliquée qui me vaudra de nombreux remerciements, et de chaleureux encouragements, quand ce ne sera pas des omiyage divers de la part des voyageurs dans l’avion, heureux de voir là un gaijin faisant le chemin inverse.

Heureusement que je n’ai pas évoqué l’obligation de sauver des réfugiés chevelus des radiations impitoyables de Fukushima. J’aurai eu droit à la médaille du mérite…

Puis à Fukuoka, même sentiment étrange. Les comptoirs de contrôle à l’immigration sont désespérément vides, malgré deux vols internationaux.

Je suis toujours seul. Pas même un chinois dans l’avion.

Reste les agents chargés d’encadrer les habituelles files qui me saluent tous d’un chaleureux « arigato », et s’empressent de porter mes affaires pour me permettre de poser mes index pour l’habituel contrôle des empreintes digitales, réalisé lui avec toujours autant de sérieux.

Sleeping travellers

Un nouveau tampon et me voilà à la gare shinkansen d’Hakata, devant la foule qui se presse pour le shopping du week-end et les voyageurs en partance sur le nouveau « Sakura ». Une vieille visiblement pressée me marche sur le pied, et repars dans le brouhaha sans s’excuser. Et malgré le placement en « green car », j’ai bien du mal à rejoindre ma place devant le sans gêne d’un homme d’affaire complètement affalé dans son siège, les pieds sur la tablette.

Je retrouve le Japon tel que je l’avais quitté.

Loin des publicités AC JAPAN.

Dreaming of having sex with Hello Kitty

Charity Business

Enfin, si ce n’était la présence d’Ismaël chez nous, rien n’aurait changé…

Des pizzas qui envoient du bois, des Nike Air Force 1 rouge, des espresso en pagaille, des Partagas édition limité 2006, des casques bleus, un accident de voiture bénin, de la comédie façon paraplégie, des masseurs homosexuels présumés, et puis le Seto Naikai dans toute sa splendeur, malgré le froid et parfois la pluie, de Miyajima à Tomo no Ura, avec la vie qui continue malgré tout, entre curiosité réciproque, vraie gentillesse et envie de bien faire sans gêner davantage.

Life goes on

Un moment de paix particulier, entre joie et partage, dans la quiétude d’un pays en proie à l’incertitude et la crainte. Et dont les perspectives sont désormais presque aussi floues qu’un communiqué de la TEPCO.

Un moment de réflexion aussi. Pour Senbei, moi et d’autres.

Et puis un moment de peine. Lointaine mais présente.

Devant la une du Point qui offre l’image d’un pays qu’on croirait à genoux, le grand père lâchera un sanglot.

Seule image d’émotion, devant l’imperturbable nécessité de vivre normalement.

Déjà, sonnait l’heure d’aller à Tokyo.

Senbei chargé d’eau minérale et de victuailles en provenance du jardin familial, et moi, avec mon costume de business man opportuniste.

Life goes on.

William De Vaughn – Be thankful for what you’ve got

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16 réflexions sur “Runaway to Japan

  1. Ouaip, quel mois de Mars bizarre, pour éviter de dire épouvantable.

    Par contre Senbeï dans des draps Hello Kitty, ça se monnaye.

    Eyfiss, qui aurait bien aimé t’accompagner.

  2. « Heureusement que je n’ai pas évoqué l’obligation de sauver des réfugiés chevelus des radiations impitoyables de Fukushima. J’aurai eu droit à la médaille du mérite. »

    Tu eus du, tu eus du… Surtout si la médaille était en or… Pas de petits profits, surtout quand certains te pronostiquent l’once à $30 000 dans 10 piges…

    Je vois qu’au Japon, également, la mode est au mini short en jean avec collants…

    Arfff….

    Combien, le drap Hello Kitty ?

  3. Clarence, l’anti-Flyjin.
    Là on dit, Monsieur Clarence.

    Et puis j’ai presque versé une larme devant la photo de Seto Naikai.

  4. Clarence qui arrive a Fukuoka… meme si c’est la faute a AF, du coup, ca le fait vachement moins… on attend un billet du sieur quand il sera a frais et dispos (pour une tournee a Golden Gai ou chez les Gogo je sais plus quoi), apres avoir rassure madame, of course. J’attends de pied ferme un signe.

  5. Ahah pas fou le Clarence, il passe par Hakata.
    En tous cas cette description des avions vides est, pas surprenante, mais toujours aussi impressionnante.

  6. c’est le moment de témoigner au quotidien ! Je n’ai confiance qu’en tes infos .
    Bon je file en Lybie !

  7. O-kaeri !
    Moi aussi quand je suis partie aux USA et que le mec aux passeports a vu mon rentry-permit, il m’a fait « ha?? mais vous revenez après ??? », à Narita, y avait des files d’américains avec enfants, cages d’animaux de compagnie et bagages par dizaines, au retour, dans l’avion, j’étais aussi quasiment la seule étrangère, et dans la file des passeports c’est passé super vite.
    Tu prévois un passage à Hiroshima ?

  8. @ Eyfiss: As we say here: Shikatanai mec !

    Comme ça, la prochaine fois, au lieu d’un capsule hotel à Tokyo, tu penseras à descendre ici !

    @ A.rnaud: Je sais, ma bonté d’âme me perdra…

    Autrement, pour le drap, c’est 18000 €. Il y a de la sueur de Senbei dessus. J’espère qu’on comprendra.

    @ N: Tadaima. What’s up ? Pas trop fâché avec tout ces gaijins de passage sur Osaka ?

    @ David: Merci. Fallait bien ça pour redorer le blason de notre chère patrie, bien entaché ces derniers temps (en même temps, on change pas les vieilles habitudes). Enfin, on est pas les seuls, et à regarder les statistiques, il va en falloir du temps et de l’énergie avant d’éponger cette image, qui même si elle irrite, prête plus à l’indulgence, voire la moquerie qu’autre chose. En tout cas, moi je comprend, et je ne jette pas la pierre.

    Autrement, retiens tes larmes, et viens ici, dans ce seto naikai qu’on aime.

    Y’a du taf si tu tiens toujours à relever le pays…

    @u fromage suisse et Zoda: La prochaine fois, promis, j’atterrirai directement à Sendai…

    Autrement, Madame est pleinement rassurée. Je n’ai pas été flingué à Asnières. C’est déjà ça.

    Et pour le « signe », il y a malheureusement eu cafouillage.

    Je devais déjà m’occuper d’un compatriote barbu, ici présent. Et c’était pas une sinécure (quoique).

    Puis j’ai du me rendre dans l’urgence à un « charity dinner » à Tokyo (pas vraiment prévu), en profitant de l’occasion pour caser quelques rendez-vous professionnels et autres, histoire de sentir l’ambiance. Seulement, elle était pas à courir les shows à transexuels de Golden Gai…

    J’espère qu’on m’en voudra pas là aussi…

    Je devrai être de retour rapidement sur Tokyo, probablement la semaine prochaine et promis, là, je ferai signe à ceux qui le souhaiteraient.

    Le temps d’aller de nouveau à Kobe/Osaka, et y honorer divers rendez-vous. Seulement, en ce moment, faudra me pardonner, mais je vais être très demandé.

    @ ctoileblog: Compte sur moi l’ami ! 😉

    Et la bise à Saïf Al-Islam.

    @ Jud: Yep honey. Compte sur moi pour venir de nouveau m’encanailler en ta charmante présence. Cette semaine ? 😉

    Clarence, futur GRAND prix Albert-Londres

  9. @Clarence: du taff du côté de Seto ? Mmm… Explique tu m’intéresses. (p.s. n’oublie pas que mon japonais est plus que rudimentaire et que j’ai passé l’âge de gagner moins que le smic en donnant des cours particuliers de français à des lycéennes qui fantasment sur Marie-Antoinette)

  10. Les opportunités seront à ceux qui sauront les créer.

    La question étant alors de savoir ce que toi, tu peux proposer, en dehors du postulat de prof de langue.

    Tu te doutes bien que les récents évènements vont bouleverser la donne, et on observe déjà une volonté économique d’allier risk management et opportunisme purement financier. Alors que le Tohoku va se voir le nouveau parent pauvre du pays, les investissements ne manqueront pas de redynamiser ce « sud » déclinant. Seulement, comme je l’ai déjà dit, vaut mieux se mettre en force de proposition, suivant ses compétences propres, plutôt que d’attendre que ça tombe du ciel.

    Car dans le merdier actuel, le Seto Naikai (en particulier dans sa zone « accessible ») peut devenir une zone très attrayante à l’avenir, en particulier en termes de projet de vie et d’opportunités professionnelles.

    A toi de saisir l’occasion.

    Enfin, d’ici là qu’un nouveau tremblement de terre ne foute tout en l’air… 😉

  11. Même dans des moments pas évident à gérer tu gardes ta lucidité ! Bon de savoir que sur toi on peut compter et que tu ne fais pas les choses à moitié même si on a essayé de t’en empêcher !

    Encore pas mal de choses à raconter la prochaine fois que l’on va se rencontrer en espérant que tout sera plus ou moins réglé et que tu en discutera avec facilité !

    Bdiddy, Respecte les hommes entiers

  12. @ Tranx’: Ah ah ah !

    Putain, le Figaro nous fera toujours autant rire. Et Sarko de soigner les aveugles, multiplier les pains, et en quelques paroles, rabibocher une communauté évadée à presque 80 % avec un pays qui fait contre mauvaise fortune bonne grâce.

    J’ai malheureusement peur que la mémoire, elle, ne soit pas aussi évasive. Et que l’image va être tenace, pour ne pas souhaiter à ce qu’elle pousse à devenir rancunier.

    @ Bdiddy: Oui, des choses, on en aura à se raconter d’ici là.

    En attendant, je garde ma lucidité, aussi bien par temps calme, que dans la tempête.

    Clarence, Cold as ice

  13. Pingback: Radioactivité au Japon… et en France

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