Art of living/Voyage(s)

Rendez-vous sur le Bund

Sanctuaire de Saijo Inari, Okayama

31 rouge, impair et manque

Loin du smoking et du champagne, chez nous le passage à la nouvelle année aura vu les femmes donner libre cours à leur science de la critique devant Kohaku Uta Gassen, pendant que les hommes préféraient s’exciter sur l’autre grande messe cathodique, dédiée aux déesses Violence et Virilité: Le K-1 Dynamite.

Tout ça se partage entre sushi, sashimi, soba et autres joyeusetés culinaires propres à supprimer chaque année quelques vieillards, arrosant l’ensemble de gasoil local, dans des proportions propres à faire dérailler le train-train usuel.

Du banal en somme.

Du coup vous avez réellement envie d’entendre des histoires où un incontinent de 70 ans a détérioré un tatami du salon à l’urine de bière, et où un autre s’est permis de refaire la décoration des toilettes façon Varie Damidot ?

Le lendemain, dans un froid mordant, nous sommes allé faire nos vœux pour la nouvelle année.

A défaut de la paix dans le monde, en bon égoïste, j’ai simplement souhaité santé & prospérité, pour moi et mes proches.

Et puis si possible, plus d’ailleurs.

Katmandou, La Havane, Valparaiso, Belle-Ile-en-Mer ou Mumbai. Au fond, peu importe.

Mais en attendant, faudra bien commencer par vous narrer Kobe.

Vieille carte postale

Rendez-vous sur le Bund

Kobe donc. Et son Bund, où trônait il y a de ça plus de 130 ans l’Hôtel Oriental, ressuscité il y a peu.

Hôtel Oriental

25 Kyomachi, Chuo-ku, Kobe, Hyogo

Le Bund, lui, aura eu moins de chance.

Désormais transformé en 4 voies, ce passage naguère en vogue n’existe plus que dans les livres d’histoire(s).

Reste la splendeur passée, où Kobe, grande bourgeoise nippone fut celle par qui la modernité est entrée.

Un titre dont ne s’embarrasse pas Nagoya, autoproclamée ville des vainqueurs, et nouvelle parvenue dans le gotha économique nippon.

Comme quoi, au pays du culte des ancêtres, la jeunesse ne respecte plus rien.

Pour autant, la vieille cité portuaire sait toujours se montrer pimpante et chic, malgré un tremblement de terre passé, et un lifting raté du au récent développement portuaire. Le maquillage, toute une science au Japon.

Mais de toutes façons, plus que le charme d’antan, les cosmétiques ou l’histoire désuète, nous étions principalement venus pour retrouver lolo, et sa petite famille.

Avec vue sur le port en prime

Bank Run

Une rencontre cheminant sur le sentier de la facétie et de la curiosité, entre un lecteur et un bloggeur, leurs contradictions et leurs différences de vues passionnées. Et ici, malgré le fait que nous étions loin de la France, de Cognac et de ses vignes, loin de Paris, ses serveurs désagréables et de son caractère si spécieux, et au fond loin du monde, nous ne manquions pourtant pas l’occasion de renouer avec nos sales manies polémistes.

Beaucoup de discussions donc, qui comme d’habitude, ont eu l’heur de lasser nos épouses respectives. Quand je ne m’occupais pas de les pourrir à coups de sonnettes (Madame Lolo me pardonnera).

J’y aurai néanmoins appris que lolo, tout a ses idéaux révolutionnaires, en viendrait presque à vouloir faire table rase du système, façon Hokuto no Ken. Ou Eric Cantona pour faire plus « civilisé ». Alors que l’esquisse de pareille société, pour peu qu’on lui prête une application « libérale » en diable, ne m’inspire aucune envie.

Probable que je m’embourgeoise. Ou que lolo fanfaronne un brin.

« Dégonflé va ! »

J’ai au moins pour moi l’excuse que le Japon possède une société apte à savoir rester « pratique », « fonctionnelle », et où les serveurs savent se montrer « mignon » au possible.

Sans compter des chiottes qui vous nettoient les fesses.

La Tunisie de Ben Ali est si loin…

Et puis à défaut de vider son compte en banque, renoncer à ses cartes bancaires et les possibilités de crédit qui vont avec, Lolo peut toujours déménager dans le 9-3, au moins histoire de retrouver Ken et le cynisme parisien qui va avec.

Rendez vous sur le bund

Cités jumelles

Coupé du monde, retranché de certaines réalités, ne restaient plus que des interrogations plus près de nos préoccupations de coeur: le Japon, l’économie, les enfants, les projets, l’avenir…

Le tout partagé sur fond d’analyses et d’expériences personnelles, exprimées entre la simplicité d’un repas pris dans une brasserie de Sake, un karaoke où nous reformerons notre couple préféré, ou devant le manège circonstancié du personnel de l’hôtel pour savoir si des enfants peuvent s’attabler passé 17 H.

Les enfants donc. Une perspective moins facile a gérer au Japon pour un couple mixte de notre genre, dans un environnement si exclusif et imperméable à la diversité. La faute à notre désir d’installation dans le Seto Naikai, une redoutable industrie audiovisuelle de l’enfance et des professeurs totalement incompétents quand il s’agit de parler anglais ou simplement, de l’étranger. Est-ce que je vous parle de conditionnement sociétal ?

Mais comme on dit ici: 仕方がない.

L’environnement ensuite. Si lolo ne manque pas d’inquiétudes sur le tissu économique local, dont les rapports nourrissent si bien la spécificité du modèle nippon, je ne peux m’empêcher de penser à la France et l’Europe, relativement confiant dans les capacités des nippons à saisir l’ampleur de la globalisation actuelle et y apporter des réponses utiles et pragmatiques, malgré un contexte économique et démographique clairement dégradé.

La confiance.

Encore un sentiment que j’avais presque oublié en Europe.

Avec la sécurité.

Peaceful kid

Et si d’aucuns disent que tout fout le camp, ici comme ailleurs, la rencontre d’un japonais né à Marseille, et ayant conservé  l’accent idoine, se chargera d’achever avec une certaine fraicheur, les dernières résistances d’un match Japon / France.

Resteront les envies.

De vie et d’autres choses.

Des envies qui tirent à elles des projets intéressants et porteurs d’enthousiasme, et que nous avons tout à gagner à porter dans ce contexte ouvert que représente la mondialisation, et dont les perspectives aussi bien au Japon qu’en France ne manqueront pas d’être fructueuses.

Autant pour lolo que pour moi.

Tout à notre logique d’opportuniste, porté par nos ambitions et nos envies.

Entre espoirs et réalités. Difficultés et esprit de conquête.

Dans cette société, ou dans l’autre.

Johnny Cash – Belshazzar (Machine Drum Remix)

9 réflexions sur “Rendez-vous sur le Bund

  1. Pas mal le « La Tunisie de Ben Ali est si loin… », avec le Ben Ali rayé. Je vois que tu suis l’actualité en « real time » comme on dit.

    Aussi, il faudra que tu me fasses rencontrer ce fameux japonais marseillais un de ces quatre ! Mes origines marseillaises me poussent à la curiosité 🙂

    Le bisou à ta moitié.

  2. Arf… moi qui te voyait déjà débarquer sur le Bund de Shanghaï…

    Et sinon la vérité c’est que je me suis toujours demandé si les tatami imprégnés de pipi/vomi/autres fluides corporels douteux ça se nettoyait facilement parce que mine de rien ça doit arriver plus souvent qu’on n’ose l’avouer ce genre de mésaventure, non ?

    @Fabos > l’actualité si c’est pas en real time c’est plus de l’actualité. 8)

  3. Je préfère amener quelques précisions à destination du lecteur occasionnel qui ne serait pas totalement au fait de la mauvaise foi caractérisée de l’auteur de ce blog.

    D’abord, Clarence s’arroge le droit de vous faire part de mes soit-disant opinions et soit-disant réflexions. Fort bien. Mais il me semble que si j’avais quelque chose à vous dire, j’ouvrirais moi aussi un blog. Or il n’en est visiblement rien. Je vous prie donc de ne faire aucun cas de ce qui peut être rapporté là et qui ne saurait refléter, ni de près ni de loin, mes propres idées.

    Ensuite, c’est Clarence qui a amené cette histoire de Cantona sur la table (dont j’avais moi, pourtant en France au moment des faits, à peine entendu parlé) en affirmant haut et fort que c’était totalement con de vouloir mettre les banques françaises à terre, que ça ne mènerait qu’à encore plus de difficultés pour les entreprises alors privées de leur capacité d’emprunt, et un peu plus loin détruirait l’emploi de ces mêmes personnes à l’origine du bank run. Et en continuant à broder de la sorte, on arrive bientôt à la description d’une France façon « Ken le Survivant » (je sais, c’est un peu tiré par les cheveux, mais on avait un peu bu). Un brin polémiste, j’ai simplement objecté que je ne trouvais pas forcément absurde, si l’on considère que les banques ne font pas correctement leur travail, de tenter de faire pression sur le mandat que chacun leur donne par le fait d’y déposer son argent (et je dis bien « tenter » étant donné que même le plus libéral des états – on l’a vu – ne laisse pas mourir une banque) et, en tout état de cause, les protagonistes devraient assumer les conséquences pleines et entières de leurs actes (jusqu’à « Ken le Survivant », hypothèse d’école) étant entendu qu’une révolution digne de ce nom ne peut advenir sans son lot de mise à sac.

    Après, je n’ai jamais dit que c’était mon combat.

    Mon cher Clarence, ce petit tacle en public ne sera pas sans représailles en privé. Et si tu continues, je dis à ma femme que tu m’embêtes !!!

  4. @ Fabos: Pour l’actualité, faut bien. Surtout quand elle peut avoir son incidence sur les marchés (même si honnêtement, Ben Ali, on en a cure).

    Pour tes origines marseillaises, tu m’avais bien caché ça ! TRAITRE !

    🙂

    @ Tranxenne: Pour le Bund de Shanghai, pas d’inquiétudes, j’y viendrai bien tôt ou tard.

    Mais dans mon actualité proche, la Chine ne se résumera qu’à Hong Kong.

    Pour les tatamis, vu les possibles errements humains, il y a des solutions de nettoyage rapide, mais il arrive parfois qu’on les remplace, si l’incontinence de ces messieurs est par trop fréquente…

    @ lolo: Mais c’est qu’il ne s’assume pas en plus ! 😀

    Ensuite, c’est Clarence qui a amené cette histoire de Cantona sur la table (dont j’avais moi, pourtant en France au moment des faits, à peine entendu parlé) en affirmant haut et fort que c’était totalement con de vouloir mettre les banques françaises à terre, que ça ne mènerait qu’à encore plus de difficultés pour les entreprises alors privées de leur capacité d’emprunt, et un peu plus loin détruirait l’emploi de ces mêmes personnes à l’origine du bank run.

    MAIS JE CONTINUE DE L’AFFIRMER HAUT ET FORT !

    Ou alors, qu’on me prouve le contraire de ce que j’avance.

    Autrement, pour l’affaire Cantona, tu devrais plus souvent suivre l’actualité à la Télé. Si Christine Lagarde, Baroin, et la plupart des médias télévisés, aussi bien que sur le web en ont parlé (y compris à l’étranger), tu peux être certain que les français aussi.

    Allez, histoire de se dire qu’on a vraiment les « intellectuels » qu’on mérite, on cliquera (ou pas).

    Pour le reste, croire que les protagonistes vantant ces stupidités (de Cantona en passant par une certaine intelligentsia) vont prendre leur responsabilité en cas de « troubles », c’est comme croire que Wall Street va arrêter la spéculation. Ou que l’Etat en resterait à une posture « libérale », soit totalement non interventionniste en cas de défaillance du secteur financier.

    Au diable la doctrine quand ton intérêt premier est menacé.

    Et puis si les banques ne font pas correctement leur travail, l’Etat non plus. Seulement, les banques, on peut toujours en changer, l’offre existe. L’Etat, c’est clairement plus difficile.

    Dans cette histoire, difficile de pointer les torts des uns et des autres, puisqu’ils sont manifestement collectif.

    Et pour la disgression Hokuto no Ken (Ok, on est peut être allé trop loin), on peut toujours se remémorer l’Argentine, ou 1929, vu à travers le prisme canadien.

    En plus d’une décennie de misère, on appréciera d’autant ce commentaire:

    « Seule la guerre qui éclate en septembre 1939 entraine un redressement complet. »

    Joyeuse perspective.

    Après, je n’ai jamais dit que c’était mon combat.

    Mais où est passé l’homme de conviction ? Aux idéaux révolutionnaires ?

    Du courage, MERDE !

    Clarence, le ballon peut passer, pas l’homme (Francis Llacer for the win)

  5. Olrik, comme d’hab’, il est à un coin de la table, son Monte-Cristo au bec, son verre de cognac à la main, et écoute tranquillement la petite polémique en train de naître. Merci de me faire revivre ce paisible moment en ce dimanche ensoleillé.

  6. Ha, les bonheurs d’un jour de l’an nippon!

    Tant au niveau bouffe (les soba pour fêter la nouvelle année, y’a quand même plus festif) que des programmes télé (cassage de gueules ou pétage d’oreilles), j’avoue ma préférence objective pour la France même si le Omairi de début d’année est plus funky que la bénédiction papale…

    Et quel dommage que le paysage urbain du Bund Kobéien n’ait pas été conservé comme à Shanghai! Mais comme tu l’as si bien remarqué, la cosmétique japonaise du patrimoine urbain, c’est du Rembrandt à la truelle. Mais bon, ça change… doucement.

    Quant aux polémiques autour de bibine locale, c’est toujours un plaisir, non? Akemashite Omedeto.

  7. Ah ah ah ah quand le Sud rencontre le Nord cela fait toujours des étincelles… Aussi sympathiques soient elles. Content de voir que les perspectives d’avenir sont vos plus grandes préoccupations car certains par ici n’ont n’en même pas l’occasion d’en discuter avec autant passion. Et moi qui pensaient que les Japonais étaient les champions du respect de la tradition il semblerait que même les derniers bastions de cette valeur soient en perdition. Gageons que les choses ne s’aggravent pas histoire que si j’en ai l’occasion que ça ne me compliquent pas les choses quand j’y remettrai j’espère les pieds avec ces nouveaux horizons.

    Bdiddy, empêcheur de tourner en rond

  8. Salut, je viens juste te faire coucou… Comment ça chui qui? Héhé il serait tant qu’on se mette autour d’une table à boire un verre…

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