Born into this...

Bali, paradis perdu

Comme un arrière goût de paradis

Denpasar, 01-10-2008, 16h45

La première impression qui vous vient au saut de l’avion, au delà de la sonorité de l’indonésien, c’est cette chape de plomb solaire. A quelques encablures de l’équateur, les plus de 30° degrés Celsius et les 70 % d’humidité sont presques normaux, voire un rien faiblard pour les habitués. Moi, j’ai l’impression qu’Osaka était située sur la même latitude qu’Oslo. Et dans cette immense file d’attente qui mène aux services d’immigrations, j’ai l’air ringard avec mon sweat à capuche. La grosse majorité des touristes semblent n’être composé que de japonais et d’australiens, cheveux blonds et surf sous le bras. Moi qui m’attendais à un voyage semi-plein, pour cause de crise financière, je constate avec un léger effarement que les nippons représentent toujours le gros du cash-flow indonésien, faisant mine d’ignorer les remous extérieur. Visiblement l’industrie touristique a encore quelques beaux restes, surtout quand elle s’évite de sortir de cet incroyable isolement consumériste et intellectuel japonais… Oui mais jusqu’à quand ?

Terimakasi !

Sur le chemin qui nous mène aux chambres de l’immense resort, le réceptionniste me tend quelques confidences. Oui, malgré cet ineffable sourire balinais et un hotel plein à 87 %, les autochtones sont inquiet. Et Bali ne ressemble plus tant qu’à une ile en proie aux spéculateurs du boom immobilier et tourisitique, avec les conséquences empiriques qui vont avec. Certains préfereront en rester à l’idée de pays « émergent », surfant sur le plein d’espérance des devises étrangères et la bienveillance du FMI. On a de toutes façons appris à jongler avec les millions en roupies et « subprimes » ne veut pas dire grand chose par ici.

Au petit déjeuner, je ne peux m’empêcher le voyeurisme de lire un grand quotidien américain. En une, Wall Street et ses traders la mine défaite. Ma belle mère m’en fait le reproche. Aujourd’hui, on est ici en vacances. Elle n’a pas tort. J’irai poursuivre ma lecture sur un transat, face a l’océan, tout en priant que des russes ne viennent pas avec l’idée de discuter entre eux. Tout ce que j’ai récolté, c’est de m’être assoupi et d’avoir gagné de belles rougeurs. La guigne. A mesure que le soleil se fait plus menaçant, l’envie me vient de foutre le camp du resort. Une envie forte. Celle de m’échapper à travers des noms aussi pittoresques que Ubud, Seminiyak ou Tegallalang.

Malgré les « Security Check », les « Check Point », les hommes en armes et autres portiques de sécurité, il est très simple de s’évader d’un resort de Nusa Dua. Il suffit de héler l’un de ces innombrables taxis, bleus et divers, comme ces véhicules banalisés Toyota qui pullulent. Si j’ajoute le fait que parler japonais est un plus. Que vos devises sont un gage de sérieux, et que vous sembliez chercher votre chemin, alors tout vous rend désirable. Et l’ile aux dieux regorge de tant de merveilles.

Dehors, le système financier est en train de s’effondrer comme un chateau de carte, grondant de plus en plus fort, emportant tout, dans un raclement de lame de fond digne d’un Tsunami. Dans cette mauvaise pièce de théatre qui lorgne sur Tchekov, nous avons décidé d’aller admirer le coucher du soleil sur la plage de Jimbaran, pour un dernier acte en feux d’artifice. En attendant le crépuscule, on n’a pu s’empêcher de se dire qu’on était heureux, là, sur cette plage, écoutant le bruit des vagues. Et pour rien au monde, nous n’aurions renoncé à ces quelques miettes de bonheur.

A des milliers de kilomètres de là, au Front Office d’un fond d’Asset Management plongé dans le tumulte de cette crise financière, mon frère vient de quitter son poste.

Peggy Lee – Is that all there is ?

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12 réflexions sur “Bali, paradis perdu

  1. « Oui mais jusqu’a quand … ? » Pas a Bali mais a Tokyo-Shinjuku, je les ai observe aujourd’hui ces Japonais. Je les ai scrute, j’ai tente de saisir dans leurs regards, dans leurs attitudes aussi, une quelconque inquietude collective quant a l’avenir. Les rues etaient noires de monde et au travers des vitrines des boutiques proches d’Isetan, je les voyais s’adonner au plaisir du shopping d’un samedi ordinaire. Il ne faisait pas 30 degres, plutot 24 degres, je me serais bien assis a la terrasse de ce Starbuck meme si je deteste Starbuck. Apres etre rentre a la maison, j’ai lu les journaux en ligne et j’ai flippe.

  2. Qu’il est doux de se la couler douce, quand tout s’écroule autour de vous… Merci, pour ton récit-témoignage désabusé, on sent que tu n’y crois plus trop aux valeurs du marché : tu te dis que tout ça (l’argent, les fringues, les montres, les chaussures, les super restos, super palaces) finalement n’était qu’un leurre, voire un abus… et si Marx avait raison ? vois, déjà tu lis Le Monde, bientôt Libération… Attention Clarence, la crise te guette.

    Lucia qui te veut du bien.

  3. Si la crise de Foi me guette ? Probablement pas, elle m’habite peut etre un peu plus aujourd’hui.

    Le Monde n’est desormais plus a l’abri de verser dans le populisme le plus desarmant, si j’en crois les nombreux commentaires qui « egaient » l’article. Un peu a l’image de la classe politique qui sanctionnera ce que naguere elle de-regula. Au fond, le populisme « bon teint », rien de mieux pour coller a l’actualite catastrophique. Ce n’est pourtant pas ce qui arretera Warren Buffet et les disciples de Benjamin Graham de croire au « systeme ».

    Maintenant, il est vrai qu’il est naif de penser que montres, fringues, chaussures et autres postiches divers puissent faire de « soi », quelqu’un. Et c’est sur ce postulat que je te suis Lucia.

    Clarence, infeode

  4. Ah Bali… Quand je pense qu’avec le C.E. de la boite pour laquelle je travaille, certains de mes collègues profitent allègrement à moindre frais de ce paradis en même temps que toi… En parlant de tropiques, je suis allé voir « Thunder Under Tropics » hier soir avec Minimen et Italee et Rocket 😉 Un vrai moment de pure rigolade même s’il faut aimer le style… En tout cas je conseille fortement ! Concernant la crise, je vais songer à changer mes oeufs de paniers… J’ai prochainement rendez vous avec ma banque pour mettre les choses au point et voir les solutions qu’il me reste pour conserver les euros qu’il me reste… Surtout au niveau du pécule concernant mes actions !

    Bdiddy, fidèle à lui même malgré la crise…

  5. Pingback: La Tasse, le Fond et le Colis « Les Folies de Millie jolie

  6. @ Greg: Mon frere prend ca avec depit, mais aussi beaucoup de philosophie. Il va prendre un peu de recul avant d’essayer de rebondir.

    @ Older: Et il est ou ce coin de « paradis » ? Ne va pas me dire Kobe !!!!! C’est plein de voyous la-bas !

    @ Bdiddy: Ce serait pas plutot « Tropic Thunder » ? 😉

    En esperant que tes actions soient encore entre de bonnes mains, avant d’esperer de bons tuyaux et des temps plus prosperes. Mais j’ai un doute…

    Et sinon, un credit ?

    Bon t’as raison, je vais m’y remettre dare-dare aux « Boissons Fraiches ».

    Et je pars commenter ca chez Millie…

    Clarence, Asset Management Nippon

  7. Pingback: La Tasse, le Fond et le Colis… « Les Folies de Millie jolie

  8. 😉 Tu as raison ! Merci pour la correction… Et en ce qui concerne les « Boissons Fraiches » je fais confiance à ton savoir faire légendaire ! Et pour ce qui concerne mes actions j’espère que ceux qui s’en occupent connaissent « Huggy Les Bons Tuyaux » 😉 Pour les crédits, on repassera…

    Bdiddy, va s’en prendre plein les mirettes au Salon de l’Automobile…

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