Art of living

Miscellanées Nipponnes

Maison et toiture \"bleue\"

Maison et toiture « bleue »

Onomichi, novembre 2007.

Il fait beau. Toujours ce soleil irradiant de l’hiver automnal nippon. Nous nous baladons avec mon épouse, sous ces arcades commerciales du centre-ville. La plupart des commerces ont devantures closes. La plupart des habitants sont trop vieux pour se rappeler que cette ville attire toujours un peu les artistes. La plupart des gens ne connaissent même pas cet endroit. Des chats dorment à même le dallage de la rue, paisibles, sous un coin de soleil. Ma femme sourit, elle a toujours adoré les chats. La marchande de liqueur est toujours là. Elle qui ne se déplace quasiment plus. Et je ne songe plus à lui donner un âge. Moi, j’ai envie d’une glace. Nous nous dirigeons en contrebas, longeant la rade portuaire, vers Karasawa. Le goût de leur glace me rappelle toujours de bons souvenirs. Lointains. De ceux qui me conduisaient à l’école primaire, et où le goût des glaces italiennes à la vanille, en petits pots, ravissaient mes déjeuners. C’est si loin tout ça.

Moi aussi, dans ces moment-là, je parle très peu. Intérieurement, j’ai décidé qu’un jour, je viendrai vivre ici, parce qu’en dépit de tout, je m’y sens bien. Cette sensation, je ne l’avais pas éprouvé aussi vivement ailleurs. Non, juste ici, dans cette « petite » ville portuaire, situé dans la province d’Hiroshima.

Tokyo, Peter Bar

Peter Bar

Tokyo, décembre 2007.

Marunouchi, Hôtel Peninsula. Je m’énerve. Je n’arrive plus à retrouver mes boutons de manchettes. Je trouve ma chemise mal repassée, et j’ai oublié de faire cirer les chaussures. Ma femme se prépare, elle aussi, dans l’immense dressing de la suite. Je sens qu’inévitablement, je vais être en retard.

Je retrouve mes interlocuteurs adossés au Bar. Je m’excuse. Nous nous dirigeons sans tarder à table. Nous échangeons des propos sur la conjoncture économique difficile, les subprimes, la prochaine récession américaine. Je pense à ma femme, qui doit s’ennuyer, mais qui fait l’effort de sourire. Moi aussi je pense aux chats dans la rue. A Onomichi. Ici, la discussion s’apesantit, les plats sentent l’esbrouffe. Je sais pertinemment que l’actualité ne joue guère en ma faveur, que les opportunités sont moindres. Le rapport reste cordial mais l’effet lui, est troué. Mon interlocuteur japonais, intrigué, me demande où j’ai acheté mes chaussures. Elles sont italiennes. Il remarque que je suis un mec de goût. Nous discutons chiffons, ma femme et celle du monsieur parlent biberon. Je pense à l’addition. Elle sera salée. Il est temps d’aller régler. Mon invité insiste mollement pour payer. Je coupe court aux jérémiades tièdes et m’affranchit des considérations suppliantes. Nouvel échange de Meishi. L’expatrié qui assurait la rencontre me glisse « qu’il m’apprécie sincèrement ». Je souris. Je pense n’en avoir strictement rien à foutre. Je veux juste retourner dans la suite, vider le minibar, me gaver de snacks, ou errer dans les rues du coin.

On m’a dit qu’au Japon, il y a peut être deux manières d’exister; en puissance ou en acte.

Je n’existe pas. Je fais juste semblant.

Misora Hibari – 悲しい酒

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12 réflexions sur “Miscellanées Nipponnes

  1. On dirait du Roban pour le style, mais avec un petit air désenchanté qui nous laisse supposer que t’en a marre (pour être poli, hein ^^)
    Je ne savais pas que le Japon était aussi déprimant T_T

  2. Quelque chose demeure assez mystérieux… c’est ton attirance pour le Japon, et la nostalgie qui semble y être liée. Bien sûr tu es marié à une Japonaise, mais… Je suis, quoi qu’il en soit, sensible à l’âme nipponne que tu évoques.

  3. @older : non mais je suis rentré en France là !! Pour le Kansai, je ne sais pas quand j’y retournerais, mais je te préviendrais, ne t’inquiète pas…
    Quand au style, ça me fait penser à Roban, c’est tout… C’est un style Robanesque mdrrrr

  4. Un petit bécot en passant…

    Petit coup de déprime à Marunouchi?
    Comme dit Ama, y a du Roban dans l’Olrik. J’aime bien en tout cas ce style.
    Roban… Encore un disparu de fj. C’est plus une hémorragie, c’est l’hécatombe… Sanji, Remuka, Ama… Et tous les récents… Fichtre! Ca va finir par me tenter…

    Bon, à te lire en d’autres lieux (si je compte bien, tu t’es encore accordé 1 message sur fj… Ne le gâche pas…)

    T.

  5. C’est marrant quand on lit un billet ou n’importe – quand c’est bon – on retient quelque chose, une phrase par exemple, un truc qui nous parle et puis parfois rien du tout. Là j’ai retenu ça : « Je pense à ma femme, qui doit s’ennuyer, mais qui fait l’effort de sourire. »

  6. « Je n’existe pas. Je fais juste semblant. »… Très peu de mots et une impression de chagrin taquin. Tell me more please.

    Rien à voir 1 an de billet ça fait quoi?

  7. let’s play the game once again…

    in fact, always, until we die.

    En ce moment, moi, je me berce avec ca
    « La vérité n’etait pas une ligne droite mais une route sinieuse -le circuit- , qui ne cessait de se ramifier en differentes directions, menant à chaque fois à un monde inconnu. Pour les mystiques, la vérité repose dans cet enchevetrement de choix et d’alternatives, cachée dans la vision fugitive… au loin de la perfection.

    Toute réponse évidente est un mensonge. »

    Wesley Stace  » l’infortunée » »

    Je suis sure, te connaissant, que ça te parlera

  8. Oui, bon, je pense que le côté « petit quotidien » d’Onomichi rappelait un tantinet l’ami de Saitama, mais la partie « Marunouchi », pas vraiment. Si en plus Roban ne chausse pas Italien… 😉

    Ce n’est pas tant le Japon qui parfois me plonge dans une sorte de mélancolie, mais plutôt certaines expériences. Celles qui m’empêchent de me fixer comme je le souhaiterai. Simplement, au Japon, ces expériences se vernissent différemment de mes constats franco-français.

    C’est aussi ce type d’expériences que je ne souhaite pas partager sur « FJ », préférant voir le « gratin » me rejoindre dans mes considérations à fleur de peau ici (et merci à Roban, Ama, Sanji, Shibuyett, Pav et Oldergod de passer dans les parages). En même temps, ceux qui restent là-bas pourront peut être se consoler des posts de Rototo ou Sakana ôji…

    Dieu m’en préserve !

    Lucia, je pense que je développerai un billet qui consacrera un peu de moi à cette attirance vis à vis du pays du soleil levant, je sais d’emblée que le sujet a également une résonance de ton côté !

    Greg’, toi-même tu sais, qu’on dirait en banlieue ! 😉

    J’ose toujours espérer pouvoir t’offrir un verre, avant de palabrer « gaiement » sur un fond de situation professionnelle cataclysmique. Reune, tu te joins à nous ?

    Millie
    , il y a encore un dernier billet de ce type (vous vous rappelez, j’avais annoncé un triptyque !), sinon l’anniversaire, j’y pensais très peu. Au fond, c’est marrant, tu m’auras fait relire mes premiers textes et les tiens par la même occasion !

    Cholera, j’aime bien cette phrase et à l’évidence même, toutes mes phrases pourraient être des mensonges. Dieu me garde des « réponses » toutes faites…

    Clarence, sans horizon fixe

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