Born into this...

Je suis un sale bourge

Hennessy au paradis

Hennessy Paradis – Mandarin Oriental Tokyo

Je suis un sale bourge. Un « salle bourge de merde ». C’était le commentaire d’un fan transi sur un billet antérieur, et la dernière réflexion lucide d’un ami alcoolique, en pleine crise de la quarantaine.

A l’heure où le pouvoir d’achat obnubile la majorité du pays, dessinant les contours d’un vote de rejet, moi, je parade, je picole, je m’empiffre, je claque. Ostensiblement.

Whisky glace au Balzar Gigot d’agneau du Quercy, haricots verts et blancs Mythique Baba au rhum vieux La “douleureuse”

Une soirée au Balzar, temple des traditions

La réussite ? Oui, mais laquelle ?

Compte tenu de mon background et origine de départ, j’imagine que le terme de réussite n’est pas galvaudé. Je ne suis pas mécontent de mon sort. J’ai eu la bénédiction de Mohammed Al-Fayed, et quelques attributs contingents. Je chausse chez Ferragamo, Dior ou Crockett & Jones quand ma femme porte des Blahnik et hésite entre Prada et Hussein Chalayan. Je suis du genre à aller à la piscine dans un caleçon Speedo CdG et elle porte, on s’en rappelle, un sweet Casper de notre ami Bernard Wilhelm. On me donne du « monsieur », du « comment allez-vous », du « au plaisir de vous revoir ». On me flatte. Le ventre me pousse. Le confort fait loi. Je suis un sale bourge. Plein de fatuité, de corruption, d’habitudes. De celles que j’entretiens Rue de la paix, où plus loin, place Vendôme. Loin du tumulte, loin des réalités contraignantes. Bourge et fréquentable. Rien qui n’irait trahir mes pratiques douteuses, et mes très mauvaises fréquentations. Cloisonner et diviser pour mieux régner. Tout le monde triche, tout le monde transgresse, alors pourquoi pas moi ?

Dior, Mocassins

Dior, Mocassins A/W 2007

Et pourtant. Au plus profond de moi, j’ai comme un doute sur cette gabegie consommatrice, cette vie à l’Amex. Comme un doute sur moi-même. Un doute insondable. Vide. C’est idiot, mais je crois que je suis blasé. Blasé de mes expériences, blasé de mes habitudes, blasé de ce masque, blasé de ces conneries.

The wild bunch

The wild bunch

Mon film culte n’est autre que « La horde sauvage » de Sam Peckinpah. Et l’image que j’en garde, ce sont ces 4 hommes, en marche, sur un fond de musique militaire et de chants d’hommes ivres. Ils n’ont échangé qu’un sourire, une passade et le rire sarcastique d’Ernest Borgnine s’étrangle rapidement. Ils partent récupérer leur compagnon, résolus, They want Angel. Tout le monde a compris, Pike et ses « gringos » sont déterminés, le vent est aride. Ils savent qu’ils n’ont plus rien à espérer, plus rien à vivre, qu’ils vont probablement mourir, mais après d’innombrables fuites, ils veulent rester dignes. C’est probablement le plus beau suicide, avec les plus beaux salauds, pour un final nihiliste plein de violence et de fureur. Pour de la dignité.

Sanji m’a dit qu’en plaquant tout comme ça, je ne retrouverai probablement pas du jour au lendemain une situation enviable au Japon. Loin, très loin de ce que je vis en France. C’est vrai. Je cumule les handicaps. Je ne parle pas la langue, mon expérience vaut queue de chie, mes diplômes sont inaptes. Mais qui m’expliquera ce désir, qui m’expliquera ce feu qui me dévore, cette envie qui me taraude. Personne ne peut répondre pour moi. Et personne ne peut répondre de moi. Partir, est-ce forcément recommencer ?

Mon Mexique à moi, se situe dans le pacifique, sur cette île qui tremble, qui voudrait se voir uniforme, derrière des notions comme 建前 (Tatemae) et 本音 (honne), comme un paravent d’esprit à deux faces. Une île au soleil moite et humide en été. Une île où je vais devoir jouer les immigrés.

De toutes façons, les caissières de Carrefour n’ont jamais aimé qu’on paye avec des billets de 500. Ça les emmerde royalement.

__________

Rocé – Ma saleté d’espérance

Merci à Dareka pour avoir soufflé malgré lui l’idée du post.

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18 réflexions sur “Je suis un sale bourge

  1. hum! sale bourge en quete de redemption..here we are…
    i’m in love with this song « saleté d’esperance »
    keep cool, stay funky, be human, man!

  2. tu as des fulgurances en ce moment..encore de très beaux passages dans ce billet.surtout ce paragraphe, allez on s’en prive pas, on le remet :

    « Mon Mexique à moi, se situe dans le pacifique, sur cette île qui tremble, qui voudrait se voir uniforme, derrière des notions comme 建前 (Tatemae) et 本音 (honne), comme un paravent d’esprit à deux faces. Une île au soleil moite et humide en été. Une île où je vais devoir jouer les immigrés.
     »

    Par contre dis moi comment tu fais des ronds en ce moment dans l’immobilier, parce que franchement on a connu des jours plus glorieux hein !

  3. @ cholera: I’m just a man, a poor and lonesome one. But does Rocé Roxxing ? Yeahhhh m’am !

    @ Greg’: Honnêtement, on morfle, tout comme toi. 2008 s’annonce pas glorieux…
    En attendant, je me refais sur le dos de mes polaks. La mondialisation, tout ça, tout ça.

    Avant de devenir moi aussi, le mouton à tondre et exploiter. Chacun son tour quoi…

    Clarence, le suivant du suivi.

  4. hello guys ! Vous avez vu l’article ds le monde sur la recession économique aux Etats Unis ?
    en général, on suit….
    c’est vrai qu’en ce moment, Clarence , tu es inspiré. Suis tres cliente

  5. Ouais, bon, eh oh !!! Chacun ses faiblesses, merde (pour rester dans le hors-sujet) ! Voyez où ça nous mène de blogguer !!!!! 😀

    Donc, on parlait de récession américaine, non ?

    Clarence, bourgeois scatophile !

  6. Et moi avec ! Je viens de regarder la page wiki sur « scatophile », et j’en reviens à moitié hilare ! Bourge et scato, c’est finalement pas une si mauvaise union ? Si ?

    Oh merde, et puis j’vais encore drainer tout un tas de vicieux sur ma page ! C’est malin ça ! Merci Cholera. Vraiment, merci !

    Clarence, dépositaire de concept !

  7. Bon, on va quand même essayer de répondre à la question posée, non ? Faut dire que ta tentative « 2.0 » est discrète. Prends exemple sur Remka : il faut des questions simples, qui parlent à tout le monde, et qui clôture le billet. En l’espèce : « Et vous, avez-vous déjà tout plaqué pour partir vers votre « el dorado » ? Comment vous y êtes vous pris ? Est-ce que vous le regrettez ? ».

    Ou bien, c’est que « Personne ne veut répondre pour toi ».

    Moi, je serais très content que tu portes fièrement les valeurs de LVMH au pays du grand Mikado.

    La question est : peut-on, sans un minimum de préparation, devenir l’homme le plus mieux élevé et/ou classe de France, au Japon ? Vivre au Japon, est-ce une finalité ou plutôt un moyen de vivre autre chose, un contexte dans lequel tu veux développer des projets ?

    En d’autres termes : rassure-moi, vivre au Japon, n’est pas (seulement) une expression de plus de ton snobisme patent ?…

  8. En fait, c’est assez con ce que je dis… (on ne peut pas toujours être brillant…). Evidement, si tu penses que ton destin est là bas, il faut y aller… Simplement.

    Je me suis fait avoir par le fait que la société aime bien que les individus aient de bonnes raisons de faire les choses qu’ils font. Raisons que tu auras probablement à trouver pour justifier un bon nombre de choses auprès d’un bon nombre de gens.

  9. Je te rassures lolo, tu es trop intelligent pour que je retienne la première assertion de ton dernier commentaire.

    Et en fier représentant de la « sapologie » Française à l’étranger, pleine de snobisme et d’à-propos, je me dois de répondre aux questions qu’un Remka lancerait mais auxquelles il n’aurait que peu d’intérêt probablement, et auxquelles les commentateurs n’apporteraient pas grand chose. (Et s’il lit mon blog, quand à faire, lui conseiller d’essayer des sujets plus casse-gueule, moins conformistes mais peut être plus intimes que les anecdotes sympathiques ou sujettes à légère polémique. Osez Joséphine !). Je n’ai d’ailleurs pas l’ambition de finir en Jean-Luc Delarue.

    On répète bien souvent la même chose au sujet du Japon: Des diplômes en premier lieu, ou 10 ans d’expérience, pour un visa difficile à obtenir quand les services d’immigrations français semblent « gentillets » en comparaison des nippons. Et tout ça histoire de décourager les fans boys de Naruto envieux de finir leur jour à Akihabara.

    C’est vrai autant que potentiellement réducteur. Et ça ne s’applique pas vraiment à mon cas.

    J’ai envie du Japon, parce que j’ai envie de me réaliser loin de ce que je connais. J’ai envie d’un nouveau challenge. Loin de mes bases et acquis. J’ai envie de me cramer un peu, d’affronter mes peurs et craintes. J’ai envie d’essayer avant qu’il ne soit trop tard et que les rondeurs de mon ventre ne me fassent regretter ces instants. J’ai aussi des envies de fuite. Quand je sens que mon pays n’offrira pas à mon épouse et notre probable descendance une psychologie de sûreté qu’elle ne trouve que dans son pays d’origine. Autant qu’une carrière mieux pourvue et plus rémunératrice.

    J’aime les risques, j’en ai toujours pris, et de ceux sur lesquels pèsent plus qu’une carrière. Je ne rêve pas du Japon comme un Eldorado. J’en rêve comme d’une nouvelle montagne. Un nouvel Everest à escalader. Avec des difficultés d’adaptation et des problèmes d’acclimatations en vue. Mais c’est avant tout un challenge, une vision sur long terme et des projets qui s’en dégage.

    Le Japon n’est pas une finalité, il est désormais une seconde maison, une nouvelle patrie à l’adoption limitée, circonscrite mais à laquelle je tente de me confronter, de m’adapter. L’apprivoisant délicatement avant installation. Je me dois de le faire. Par égard pour mon épouse, mais également par forte aspiration personnelle.

    On ne devient pas l’homme le plus classe/mieux élevé du monde sans préparation. Et à bien des égards, je ne le suis pas en France. Ce titre, c’est un périple, un développement de tous les instants, avec une recherche perpétuelle et un questionnement permanent. Et le contexte nippon demandera la même concentration et le même effort.

    Les lendemains ne chantent pas plus fort au Japon qu’en France. Mais la notion même de mon couple me force à davantage m’intéresser au pays du soleil levant qu’au Mexique.

    Je crois n’avoir plus peur, et j’ai aujourd’hui des envies, plus fortes de jour en jour. Je suis prêt. Le mur est devant, le saut, lui, sera plus que difficile.

    Henry Miller: « It’s the story of being hungry most of the time, hungry not only for food and sex, but for everything. »

    Et merci à Cholera !

  10. Euh, ouais, mon rêve, ce serait plutôt de rejouer « Le sauvage » sur une île déserte de la côte Vénézuelienne. Enfin, bon, sûr que la côte nipponne est moins glamour, mais tant qu’à faire…

    Sinon, je crois que ma missive a effrayé lolo !!! Allez promis, j’arrête là les confessions !

    Clarence, snob sincère

  11. Clarence, aujourd’hui, moins que jamais, je ne suis en mesure de te répondre « raisonnablement ».

    Ton exagération dans « tu es trop intelligent pour » sonne pour moi comme un « tu es donc idiot au point de penser ». Tu es en train d’attendre mes commentaires, mon avis, presque mon accord…

    Comment, dans ces conditions, te dire, sur un sujet si important pour toi, ce que je pense sans que ne pèse sur moi cette impression de responsabilité.

    De cela, nous discuterons, un jour, lorsque tu seras déjà au Japon ou bien lorsque tu me paieras le verre que tu me dois…

  12. Pingback: Time of the season « Clarence Boddicker’s nasty diary

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