Parisien(s)

Parisien(s)

Silhouette

Silhouette – Station Opéra-Auber

Métro, boulot, dodo. C’est la rengaine quotidienne pour nombre d’entre nous.

Augurant d’une série que j’estimais grandiose et pleine d’à propos, copiant mon ami tokyoite Roban, j’ai voulu me faire photographe du quotidien de ces gueules. Et précisément de celle de nos amis parisiens. Dans l’intimité de leur métro. En pleine bourre, ou déconfit de la veille.

Morne décorum

Morne Décorum

Bah, la prochaine fois j’éviterai de prendre leurs tronches de pleine face, parce que visiblement, le Parisien est une espèce rare et précieuse, qui déteste l’intrusion dans « sa » privauté. Parce que le Parisien, c’est aussi méfiant que le Sioux, et aussi supersticieux qu’un Mohican. Une photo, dans l’intimité du métro, c’est d’abord le vol de votre âme. Le viol affreux de votre intimité. Oui, la photo dans le métro et de face, c’est une barbouzerie de visage pâle, du dédain incompréhensible pour le tacite du quotidien, qui interdit expressément qu’on vous tape le portrait comme ça, sans prévenir.

De l’art d’exaspérer:

Bien mal m’en pris. Je m’imaginais bien, connaissant les parisiens, du péril de cette équipée. Je me méfiais de la possible réaction de mes contemporains, imaginant de possibles grognements et des mines effarouchées. Que j’en avais même prévu un speech d’excuses dans le genre « je suis étudiant aux beaux arts, et c’est pour un projet… ». Et je me disais, qu’avec ma belle gueule, et un sourire, non seulement, on me pardonnerai tout mais qu’en plus, j’arriverai même à draguer ! Entre remontrances, visage de dégoût, interrogation suspecte, mon oeuvre ne m’attira qu’ostracisme et dédain rageur. Sans compter les harangues de vieilles rombières, et les cris désoeuvrés d’une femme visiblement hystérique. Bon, faut dire, que j’avais mis le flash. Mais entre les intéressés qui vous demandent après coup, d’effacer les clichés, le jet de papier à mon endroit, les « C’est pourquoi faire ? », et le « Non mais », plein de toupet de certaines, l’expérience, a presque failli tourner au cauchemar. Panorama choisi d’une journée en enfer…

Stop That !!!! Et v’là que je te prend pour une poubelle ! Evitez le Flash !

3 clichés pour un calvaire…

Le 1er cliché, c’est un homme, qui m’indique fermement, par son mouvement de main, qu’il ne veut pas qu’on le prenne en photo. Il ne me demande rien, il agit, promptement, c’est tout. On s’expliquera, il ira même demander de supprimer la photo. Dont acte !

Le 2ème, c’est un homme pressé, qui à la fin de la marche de l’exceptionnel escalator situé à St-Michel, me jette tout bonnement un papier à la gueule. Sans rien demander, simplement grommeler et fuir plus bas…

Le 3ème, c’est un malentendu. Pris sur la ligne 11. Et malheureusement pour elle, flashée. Je sais que les rapports des français avec les flashs se sont dégradés depuis que Sarko les installe aux bords d’autoroutes, mais je crois n’avoir pas mérité cette volée de bois vert. Après coup, et certainement décontenancée, moi, faisant mine de mettre gouré, elle saisit son courage à deux mains, et me demande haut et fort, « d’arrêter mes conneries », que « c’est pas normal », et qu’on « pourrait au moins demander », arguant qu’on ne « sait pas ce qu’on peut faire avec ça ! »… Bah, voilà, j’ai mis ta gueule sur mon blog, satisfaite ?

Presque au calme…

Presque au calme…

Et voilà où peuvent conduire de simples photos. Parce que contrairement à l’ami Roban, et ses clichés à la dérobade, moi, je me suis fais fort d’essayer de dévisager nos amis sans me cacher ! Moi, j’avais l’honnêteté et la conscience professionnelle de faire ça en pleine face, de visu, sans floutage, et sans tronquer. Mon Lumix panasonic à pleines mains, le viseur tendu, et les bras en position d’attaque. Vous me direz que j’aurai peut être dû essayer la technique de Luc Delahaye, caméra à moitié dissimulée, et déclencheur caché dans une poche. Ni vu ni connu. Mouais…

Ferragamo dans le métro

Seule photo autorisée, mes pieds chaussés chez Salvatore

Moi, j’avais pas l’intention de « voler », juste celle de rapporter, de montrer, de regarder mes voisins de coudes, ces quidams, parisiens ou non, qui déambulent à travers ce métro et ces rames. Tout un univers que j’aime, presque à la manière d’un naturaliste. Oui, car tout ça, c’est de l’amour, mes amis, de l’amour !!!!! Je vous aime, et vous n’avez rien compris !

Cons de parisiens, va !!!!!

__________

Serge Gainsbourg – Le poinçonneur des Lilas

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16 réflexions sur “Parisien(s)

  1. Bravo Clarence ! Je me suis beaucoup amuse a te lire et j’en profite pour feliciter ton courage. Si, si !

    La reactions de tes contemporains n’est pas trop surprenante et j’irais presqu’a dire … Justifiee. Les reactions de ces Parigots tete de veau ne sont pas disproportionnees comparees a celles que je pourrais rencontrer si moi aussi  » a pleines mains, le viseur tendu, et les bras en position d’attaque « , j’immortalisais mes voisins de transports publics tokyoites. Surtout que de ce cote de la planete, de nombreuses histoires d' »office lady »ou d' »elevator-girl » et tout ce que le Japon comptent d’uniformes au feminin, ont servi d’illustration a des sites commerciaux de services sexuelles, le Japonais moyen aimant l’uniforme ! Le Japonais moyen craint a son tour d’etre exhibe sur un tel site.

    Je ne connaissais pas Luc Delahaye et son travail dans le metropolitain de Paris mais sa demarche de la photo volee reste selon moi, la seule et unique maniere de fixer cet instant, ce « ca a ete » cher a Barthes. Pour montrer des voyageurs dans leur quotidien, il est indispensable qu’aucun element exterieur viennent alterer la scene. Clarence.B, le vilain grain de sable dans les metros du monde, une serie bloggesque en devenir ? Si suite il y aura, je l’attends avec impatience !

    J’avais presque oublie la configuration des sieges dans le metro/rer parisien !

  2. Je m’attendais à ces réactions craintives, voire mécontentes. Mais je ne m’attendais pas à les recevoir aussi rapidement. Et si régulièrement. La France, en plus d’être devenu suspicieuse, se carapate dans un syndrome de défense qui l’incite souvent à mordre en premier.

    Je me disais aussi qu’à Tokyo, le genre irait très certainement se montrer plus vicieux. A vrai dire, je le savais par acquis de conscience malhonnête. Cette tâche de portraiturer le quotidien de ces visages est visiblement pavé de mauvaises intentions. Et impossible d’aller faire imaginer le contraire. Pour Luc Delahaye, il ne faut pas nier les procès pour les droits à l’image que lui ont intenté certains personnes prises en photo et s’estimant lésés. Elles auront été déboutés par la justice qui reconnait la participation à la valeur artistique. Mais quid de nous ??? Nous autres, pauvres rapporteurs du quotidien, et sans projet artistique conceptuel ?

    Mais je fais le serment que la série va continuer, perdurer, et probablement s’étoffer de visites à l’étranger, Tokyo y compris.

    Clarence, métro globetrotter !

  3. Ouais, c’est chaud ! Bon, étudions le champ des possibles :

    – Evidement, le plus simple serait que tu t’équipes d’un télépone portable APN. Tu fais mine d’envoyer un SMS et « clic », c’est dans la boite. Mais bon, tu ne sembles pas adepte… Et oui, la classe c’est aussi d’avoir des photos HD sur son blog…

    – Sinon, tu peux essayer de t’imposer par la fonction : si tu as le goût du grimage, tu peux te déguiser en Curé (Evêque, Cardinal, voir Pape, selon tes prétentions). Les réactions des gens seront probablement moins directes (menace de les ex-communier si le ton monte !).

    – Ou encore, tu peux dérouter par la nature : si, par exemple, tu fais l’aveugle (accentue l’effet en parlant tout seul), les gens ne pourront pas t’accuser de les photographier personnellement. Tu vas me dire, quel intérêt pour un aveugle de prendre des photos ?… Ouais…

  4. Finalement tu l’as fait ! ça n’a pas du être de la tarte mais ça a le mérite de mettre en évidence que parfois dans les transports ce n’est pas la joie ! Toi et moi nous arpentons à peu près les mêmes lignes et forcé de constater que la gaieté n’est pas souvent au rendez vous… Même si parfois aux détours de couloirs de ravissants sourires voient parfois le jour ! Finalement il n’y a que dans les soirées que les gens se laissent facilement charmer par les attraits de l’appareil photo numérique… A quand les noubats dans les transports parisiens ? Tout est possible comme par exemple lors de jours de liesse comme lorsque la France fait des exploits sur le plan sportif ! Bonjour l’ambiance dans le métro… Il faudrait aussi peut être que le porte feuille reprenne du poil de la bête avec le moral qui va avec comme dirais l’autre !

  5. Et le pire c’est que tout le monde constate que la gaieté n’est pas au rendez-vous dans le métro – Tous les cons du métro disent que les gens dans le métro sont des cons – Et bien souvent le mec qui constate tout ça tire la gueule en te le racontant .. bref c’est le parisien qui est con ou le métro qui rend con ? Clarence, tire pas cette tronche, fais pas l’con !

  6. C’est l’atmosphère qui rend con généralement !

    Comme le dit Bdiddy, tant que t’es relâché et tranquille dans ton coin, tu te poses alors en observateur privilégié de cette connerie passante. Mais t’as le droit aussi à des moments plus sympathiques, et moins symptomatiques de cette ambiance quelquefois électrique.

    En même temps, tu gloses, tu gloses, mon Greg, mais sur le périph’, c’est guère mieux ! On en viens parfois à se fritter pour du tape-cul ou une file qui n’avance pas.

    Automobiliste et usager des transports, même combat ?

    Clarence, qui navigue entre les deux.

  7. le métro rend con ? mmm… peut être
    mais on peut être déjà très très con avant de mettre un pied dans le métro… (j’en ai des exemples frappants au taf.)
    le parisien fait la tronche comme un con dans le métro,
    mais maintenant, il y a des métros en province, et la dernière fois que j’ai testé, le métro n’était pas comme à paris, mais les « usagers » avaient exactement la même tronche de con qu’à paris.

  8. Bonjour Clarence et merci d’avoir mis le lien de mon humble blog sur ton excellent site, que j’ai decouvert avec beaucoup de plaisir.
    Il est interdit ou presque de prendre des photos dans le train, a cause, comme ecrit plus haut, de gens non recommandables qui s’amusent notamment a prendre des photos sous les jupes de japonaises qui n’ont rien demande pour les mettre sur leurs sites.
    Tres belles chaussures sinon.

  9. @ Gojippo: Mais de rien l’ami ! Cela faisait un moment que je gardais le lien dans ma liste de favoris. Et des pages aussi drôles et fraîches sur le quotidien d’un Français au Japon, crois-moi, il y en a peu.

    Pour les photos, malheureusement, la méfiance est de mise semble-t-il dans de nombreux pays du monde. Et au Japon, c’est un fameux jeux de dupe, comme celui chanté par Souchon, dans « sous les jupes des filles »

    Pour les chaussures, c’est le Salvatore power. Le compliment lui revient donc de droit !

    Tiens, la prochaine fois, ce sera au tour de mes baskets ! Certains en ont eu un aperçu. Ce sera alors, le cosmonaute power !

    @ Bdiddy: Mais tu rigoles ou quoi Bdiddy ? Ce masque, c’est que des supers pouvoirs spéciaux, tu peux tout te permettre, des yatchs de luxe aux putes de luxe ! Alors insulter les gens, c’est cadeau bonus !!!!!! 🙂

  10. Tu connais mon crédo Olrik : la discrétion ! Certes il y a des avantages incalculables avec cet objet mais je préfère me contenter des petites choses qui procurent parfois plus de plaisirs que tous ces yatchs et putes de luxe pour au final se retrouver seul quand tout va mal… Mais loin de moi l’idée de ne pas apprécier le luxe et certains pouvoirs spéciaux si l’occasion m’en était donné 😉 Sans le côté tape à l’oeil que confert ce masque…

  11. Il est en tort et parle comme si c’était de la faute des autres d’avoir un comportement hargneux. Pas très futé le monsieur.

  12. Oh my !!!! Tu dois avoir parfaitement raison mon petit Johnny.

    Je dois être un ignoble usurpateur, doublé d’un malhonnête homme ! Je m’en vais de ce pas flouter ces visages qui ne sauraient exprimer rien d’autre que le quotidien le plus « hargneux » !

    Au plaisir de (re)trouver un lecteur sincère et ouvert !

    Clarence, Blue Label lover

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