Born into this...

Kiso

La dernière fois que je l’ai rencontré, il allait mal. Diagnostic accablant: Cancer de la prostate, et infection des poumons. Il avait l’air hilare, dans cette chambre d’hôpital qui respirait l’éther et le propre. Il voulut me montrer quelquechose.

Scène d’hôpital, Kurashiki

Scène d’hôpital – Kurashiki

On l’appelait encore le Professeur. Professeur, parce que poète, esthète, jouisseur et paien. Libre et incompris. Professeur, parce qu’il l’avait été, un temps, avant de s’en raccrocher vers des considérations plus loquaces. Poète parce qu’il le sera assurément, ayant publié une poésie indigeste, lourde, complexe et sans avenir, vouée à disparaître. Esthète, quand en blazer blanc, chemise en popeline blanche et noeud papillon noir, il vous déclarait sa flamme pour l’alcool, d’un oeil vif et sans se dépareiller de son sourire d’homme libre. C’était un homme qui avait vécu, bourlingué, sans véritable compagne, mais un chat, toujours fidèle à son poste de vigie, pas très riche, mais véritablement prince. C’est ma femme qui avait fait les présentations. Pétris d’habitudes, et malgré l’âge, il ne songeait qu’à entretenir son labeur, la pension de retraite n’étant réduite qu’à une peau de chagrin, à l’instar de nombreux japonais. Et son petit bar, perdu dans des ruelles glauques du Fukuyama de l' »entertainment », ne recevait qu’une clientèle d’habitués. Où on devisait de jazz et de littérature, d’où notre Professeur, en chef d’orchestre-barman, s’évertuait toujours à trouver de nouvelles recettes. Passion rhédibitoire…

Il m’attira vers lui, et dans un japonais plein de roublardise et de tentations, me tendit un magazine porno. Il insista pour me remettre les nombreux coupons qui accompagnent cette revue hebdomadaire. Du Bondage. Et des femmes au foyer sexuellement vampirisées. Il y avait du sang sur son « Pajama ». Et des drains lui pendaient le long du corps. Il souriait et se mit en devoir de me léguer son souvenir.

Il trouva un bout de papier, et griffonna en anglais. « My last wish ». C’était deux recettes de cocktails, comme un pied de nez désinvolte. Deux recettes de cocktails, qu’il prénomma sans vanité aucune Kiso I et Kiso II. Me priant instamment d’essayer, et de lui faire connaître le résultat. Nous le quittions, salace, blaguant de l’uniforme des infirmières et du potentiel en nibard dissumulé.

Soleil

Scène d’hôpital – Tours

Aujourd’hui, il a fait froid, mais le soleil irradia une grande partie de la journée. J’étais encore à l’hôpital, veillant au chevet de mon père, j’étais encore heureux. Loin d’ici, on venait d’effacer une vie, et on enterrerait un homme.

Le ciel était bleu, limpide. Je me souviens encore que le soleil brillait très fort.

ゆけゆけ二度目の処女 – The Ending

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s