Art of living

De la violence des échanges en milieu tempéré

TOKYO, septembre 2007 

Je m’éloigne. De loin, j’observe les courbettes obséquieuses du personnel du palace. J’ai manqué l’intérêt de cette marque de déférence mécanique mais complaisante. Ma vanité ne se niche que dans mon apparence. J’y attache du prix. Et loin de ces conséquences vestimentaires, je presse le pas, je suis en retard. Comme d’habitude. Dans les reflets du limousine bus qui me ramène vers d’autres réalités, les nuages gris ne forment plus qu’un avec la ville tentaculaire.  

 Un peu plus tard, un peu plus loin, la musique d’ascenseur lobotomique des long courriers d’ANA manque de provoquer un endormissement léthargique. Une hôtesse me susurre de poser mon shopping sur mes genoux. Elle me rappelle de tristes souvenirs.  Aussi mécanique que l’accueil de l’hôtel, j’ai l’impression générale d’une baisse des standards dans la pratique de la politesse clientèle. Tout fout le camp…

 Disgression littéraire, les 4 fantastiques et le surfeur d’argent passant, paysages russes et Bienveillante lecture du Jonathan Litell, plateau repas déconfit et lunch box Fauchon. On se démerde comme on peut sur un long courrier.

CDG. 3 lettres qui pourraient donner de l’élan, quand on se situe au niveau des départs. A l’étage des arrivées, c’est l’effroyable stress du retour consommé. Et de ce délicat retour à Roissy Charles de Gaulle, on ne retiendra que la revanche des bagagistes sur leur infâmante condition, le sourire qui a perdu l’émail diamant, les difficultés à trimballer bagages, le service SNCF et l’attente d’un RER encore une fois retardé.

La logique de l’emmerdement à la Française ? Le sens de l’hospitalité ? La proverbiale nonchalance de notre système ?

Mais qui irait cracher dessus. Sur toute cette merde revigorante. Pleine de sel, pleine de vie. Ce melting-pot anarchique, disparate, prêt à donner des coups, et à en rendre. Toute cette contradiction et cet égoïsme transparent, ces gens de toute provenances, roumains, congolais, algériens. On aurait presque l’impression de retrouver la vitalité difficile d’un New York des années 20, un peu avant la grande dépression. Et toutes ces figures tristes, prêt à tout tenter pour un eldorado en fin de vie. 

Gâvé par l’omniprésence du service à la japonaise, on aurait tort d’oublier le sens du combat. Et moi aussi, je suis prêt à me battre, à posséder, à vouloir, à envier, moi aussi, je veux mes miettes du gâteau, et je suis prêt à tout !

PARIS, Septembre 2007

Michel Houellebecq, Playa Blanca

Publicités

Une réflexion sur “De la violence des échanges en milieu tempéré

  1. Pingback: Best of Clarence N°1 « c toi le blog

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s